Shin Dojo Kai
Ecole de Karate-Do

Niju Kun

Karate do wa rei ni hajimari, rei ni owaru koto wo wasuru na

Règle 1. N'oubliez pas que le karate-do commence et se termine dans la courtoisie.

Sans la pratique de la politesse et du respect, il n'y a pas de progression possible sur la Voie. Le respect de l'étiquette, symboliquement marqué par le salut (Rei), crée l'harmonie en soi et autour de soi. Okinawa est considérée comme le pays où toutes les formes d'étiquettes sont le plus strictement respectées. La fameuse porte frontale du Château de Shuri est appelée Shurei-no-Mon, la porte de la courtoisie.

"Le karateka, et l'être humain en général, doit cultiver la courtoisie et lui accorder plus d'importance qu'à la puissance et la technique. J'ai remarqué que les étudiants sérieux se sentent toujours concerné par autrui. Ils font également preuve de la ténacité nécessaire à l'étude du karate à long terme."

"La notion de respect envers ses partenaires d'entraînement est primordiale. Il est important d'être poli pendant l'entraînement avec un partenaire, de ne pas être arrogant, ou se croire supérieur. Cependant, la politesse et le respect ne doivent pas être limités aux quatre murs du dojo. À la maison, on écoute ses parents. Au travail, nous n'allons pas à l'encontre de l'avis de nos supérieurs. À l'école, on porte attention aux paroles des professeurs."

Gichin Funakoshi

règles du dojo

Généralement crédité à Gichin Funakoshi, le dojo kun se présente sous la forme de cinq principes, récités à la fin de chaque cours de Karate Shotokan, ayant pour but de donner un contexte éthique à la pratique. Il provient des 20 principes du Karate, ou niju kun.

Karate ni sente nashi

Règle 2. En karate l'initiative est sans avantage.

Ce précepte est sans aucun doute l'un des plus célèbre. Il a été gravé sur la pierre de son mémorial élevé au temple Enkakuji de Kamakura. Le karate ne doit servir en aucun cas à attaquer. Ici, Funakoshi ne parle pas de la voie du karate (karate-do). Au lieu de cela, il se réfère à lui simplement en tant que technique. Ici, le mot attaque est absent…

Cette phrase résume toute l'attitude qui doit être à la base de la pratique du karate, et des arts martiaux en général. Le premier mouvement, et même si de l'extérieur il peut être perçu comme une initiative d'attaque, doit être conçu comme une défense. Le karateka ne doit pas manifester d'agressivité, et la réponse qu'il peut être amené à donner lorsqu'une confrontation est inévitable ne saurait être qu'une défense, suivie d'une riposte contrôlée en fonction de l'agression. Ni agressivité, ni violence. Singulièrement, tous les kata Shotokan commencent par une technique défensive. Cette volonté de ne pas commencer le combat, la sérénité et l'harmonie qu'elle sous-entend, doit être présente au Dojo comme dans toutes les choses de la vie.

Un enseignement fondamental au coeur du Bushido, dictait de ne jamais tirer son sabre sur un coup de tête. Karate ni sen te nashi est une extension de ce principe de base selon lequel il ne faut pas sortir son arme au moindre prétexte. Elle souligne la nécessité absolue de faire montre de patience et de retenue. Mais si la confrontation devient inévitable, alors le pratiquant doit se lancer corps et âme dans la confrontation.

Karate wa gi no tasuke

Règle 3. Le karate est l'aide de l'équité.

Le karate est un instrument de justice. La pratique de cet art doit développer un esprit ayant une vision juste des choses de la vie et aussi, s'il y a lieu, rendre possible d'intervenir physiquement pour une cause juste. Pour Funakoshi, le karate-do vise le perfectionnement tant de l'esprit que du corps.

"Respectez les règles de la morale dans votre vie quotidienne, en public comme en privé. Personne ne peut atteindre la perfection en karate sans avoir compris qu'il s'agit par dessus tout d'une foi, d'une voie. Le karateka en offrant son aide et en acceptant celle des autres apprend à donner à l'Art la dimension d'une foi."

Gichin Funakoshi

À travers l'apprentissage des techniques et du geste parfait, le karateka développe son énergie vitale, le Ki, mais se construit un état d'esprit, le Shin, fait de maîtrise de soi qui le détourne de la violence à travers laquelle il s'est en quelque sorte "formé". La voie de l'art martial authentique se doit d'être une voie éducative, celle de la paix et de la non-violence. Il y a dans tout art du Budo, trois composantes intimement liées dont la proportion varie en fonction de l'âge et du niveau dans la progression du pratiquant: les éléments corporels (Tai), les éléments techniques (Ghi), les éléments mentaux (Shin). La méconnaissance de l'un comme de l'autre de ces principes entraînerait très vite le pratiquant dans une fausse direction avec, comme résultat, la non obtention de l'efficacité réelle, voire de troubles dans son comportement au quotidien.

Les adaptations sportives contemporaines des Budo anciens n'expriment que très faiblement (et pour certains, pas du tout), ce type de préoccupation. Ainsi la pratique systématique de la compétition privilégie parfois trop largement les résultats externes (l'ennemi est au dehors), au détriment de la recherche interne (l'ennemi est en soi), qui devrait être la véritable motivation du budoka.

Mazu jiko wo shire, shikashite ta wo shire

Règle 4. Avant tout connais-toi, ensuite connais les autres.

Il faut connaiître ses forces et ses faiblesses, ne pas être complaisant envers soi. Ensuite seulement porter un regard, une appréciation, une évaluation sur l'autre. Cette vérité simple est connue depuis longtemps. La devise inscrite au fronton du temple de Delphes implique que la maîtrise de la conscience détermine la qualité de la vie. Aristote en parlait comme une vigoureuse activité de l'âme. Presque chaque humaniste célèbre, de Ghandi à Jésus Christ a exalté les hommes à mieux se comprendre afin de comprendre le monde autour d'eux.

"Connaître les autres, c'est la sagesse; se connaître soi-même, c'est la sagesse supérieure".

Lao-Tseu

Azato, un professeur de Funakoshi, avait l'habitude de dire: "Connaître son ennemi et se connaître soi-même: c'est le secret de la stratégie". À force de pratique le karateka connaît ses techniques favorites ainsi que ses propres faiblesses, en combat il doit connaître ses propres points forts mais aussi ceux de son adversaire.

Gijutsu yori shinjutsu

Règle 5. L'esprit (la force psychologique) avant la technique.

Funakoshi, dans ses dernières années, avait beaucoup développé sa spiritualité, et était aussi très pacifique dans son enseignement du karate. Ses détracteurs disaient qu'il enseignait un karate doux. Il nous demande ici de penser en termes d'amélioration de son attitude mentale, au lieu de ne penser qu'à l'exécution technique.

"Le karate-do vise le perfectionnement tant de l'esprit que du corps et les louanges des seules prouesses physiques doivent être bannies. Comme le saint bouddhiste Nichirien l'a dit si justement, on n'étudie pas les sutras en les lisant seulement avec les yeux mais aussi avec l'âme. Celui dont l'esprit et la force mentale se sont endurcis en adoptant une attitude où il n'est nulle question de renoncer, ne rencontrera aucune épreuve qu'il ne saura surmonter".

Gichin Funakoshi

Dans l'étude du karate-do, on dit que l'esprit est parfois plus important que la technique. À technique égale, c'est l'esprit qui fait la différence.

"Si tu combats, guerrier, et qu'un de tes bras casse, sers-toi de l'autre. Si l'autre casse, sers-toi de tes jambes. Si tes jambes t'abandonnent, tu peux encore mordre. Si on te coupe alors la tête, ton corps tombera bien après".

Gichin Funakoshi

Kokoro wa hanatan koto wo yosu

Règle 6. Il est nécessaire de libérer son esprit.

Dans son livre "Karate-do Kyohan", Maître Funakoshi écrit: "De même que le miroir est clair et reflète une image sans distorsion, ou la vallée tranquille qui renvoie l'écho d'un son, ainsi doit un débutant se libérer de ses pensées égoïstes et mauvaises, car c'est seulement avec un esprit clair et la conscience pure qu'il peut comprendre ce qu'il apprend". Contrôler son propre esprit, son ego, ses pulsions, ses peurs.

Mizo No Kokuro. L'esprit comme l'eau. Ceci se rapporte à l'attitude mentale tout en faisant face à un adversaire réel. Il se rapporte au besoin de faire le calme d'esprit, comme la surface de l'eau calme. L'eau lisse reflète exactement l'image de tous les objets, et si l'esprit est maintenu calme, la compréhension des mouvements d'adversaires, psychologiques et physiques, sera immédiate et précise, et ses réponses défensives et offensives seront appropriées et proportionnées.

D'autre part, si la surface de l'eau est dérangée, les images qu'elle reflète seront tordues. En d'autres termes, si l'esprit est préoccupé avec des pensées d'attaque et de défense, il ne comprendra pas correctement les intentions de l'adversaire créant une occasion pour que l'adversaire attaque.

Un moine, demandant un enseignement à Bodhidharma, dit: "Je n'ai aucune paix d'esprit. Veuillez apaiser mon esprit". "Apportez-moi votre esprit ici, et moi je l'apaiserai!" a répondu Bodhidharma. "Mais quand je cherche mon propre esprit, je ne peux pas le trouver", dit le moine. "Voilà!" répliqua Bodhidharma, "j'ai apaisé votre esprit!"

Wazawai wa getai no shozu

Règle 7. La malchance provient de la négligence.

"La vie ressemble souvent à un match à couteaux tirés. Avec une attitude tiède face à la vie, qui vous fait supposer qu'après un échec il existe toujours une deuxième chance, qu'espérez-vous accomplir l'espace d'une vie, qui souvent ne compte guère plus de cinquante années ?"

Gichin Funakoshi.

Beaucoup d'accidents sont imputables à la négligence, à la paresse. Le moindre relâchement de l'attention lors d'un combat, peut réduire à néant les efforts de préparation et de recherche effectuées au préalable. La paresse, la négligence prend parfois des formes insoupçonnées, qui n'ont rien à voir avec le nombre d'heures passées au travail ou à l'entraînement. La principale forme est la peur. La peur du changement, la peur de perdre ce que nous avons si nous nous aventurons ailleurs. S'améliorer comme être humain, évoluer, demande du courage et des efforts que peu de gens sont prêts à faire.

Dojo nomi no karate to omou na

Règle 8. Ne croit pas que le karate n'est qu'au dojo.

La voie, la pratique intérieure et l'importance d'un bon comportement dans tous les actes de la vie quotidienne. Pratiquer ne concerne pas seulement la technique. Ce principe se retrouve dans l'ensemble des arts martiaux pratiqués en tant que voie. Le Budo, répètent les Maîtres, ne se pratique pas qu'au dojo. Il constitue un art de vivre qui s'expérimente à chaque instant. Le véritable dojo, ajoutent ils, est celui que le disciple doit se bâtir dans son coeur, au plus profond de lui même. Cette préoccupation fait la différence entre un pratiquant de karate-do et un pratiquant de sport de combat attaché aux résultats superficiels. Le combat libre ou de compétition, donne l'occasion au participant d'utiliser ses capacités en vue d'affronter le défi posé par les capacités de son opposant. Le mot "compétition" vient du latin "cum petire", essayer ensemble. Chaque personne essaie d'actualiser son potentiel et cette tâche est facilitée parce que chaque adversaire force l'autre à faire de son mieux. Ainsi la compétition de par son entraînement spécifique, peut faire progresser le karateka, car la compétition est un test d'efficacité qui permet aux compétiteurs de prendre conscience de leurs faiblesses, et ainsi de se remettre en cause. La compétition améliore la qualité de l'expérience lorsque l'attention porte sur l'activité elle-même, lorsque le participant vise des buts extrinsèques - l'emporter sur l'autre, impressionner les spectateurs, gagner une médaille - au lieu de se centrer sur ce qui se passe, la compétition devient une distraction, un spectacle qui nuit à l'expérience optimale.

Le Bouddhisme enseigne que le monde entier est un dojo. Funakoshi a écrit dans Karate-Do Nyumon :

"Considérez la vie de tous les jours comme faisant partie intégrante de votre entraînement de karate. Ne croyez pas que que le karate n'existe qu'au sein du dojo, ou qu'il ne doit être considéré que comme une méthode de combat. L'esprit de la pratique du karate et les éléments constitutifs de l'entraînement sont applicables à chacun et à tous les aspects de la vie quotidienne. Celui dont l'esprit et la force mentale se sont endurcis en adoptant une attitude où il n'est nulle question de renoncer, ne rencontrera aucune épreuve qu'il ne saura surmonter."

Gichin Funakoshi

Karate no shugyo wa issho de aru

Règle 9. Une formation de karate dure une vie entière.

Après quelques années de pratique, Funakoshi remarqua que sa santé s'était grandement améliorée, et c'est à cette période qu'il commença à considérer la pratique du karate comme un art de vivre. L'apprentissage d'un art martial, tout comme l'art du bonsaï, n'est jamais terminé, parce que l'homme tout comme la plante se modifie sans cesse, parce qu'ils vivent! Il faut toujours garder en tête que Funakoshi ne parle pas uniquement de techniques, mais aussi de développement de la personnalité. Si vous demandez à un maître zen combien de temps il vous faudra pour devenir zazen (harmonie avec l'univers), il vous répondra probablement, jusqu'à votre mort… L'école bouddhiste zen et les arts martiaux ne sont pas des choses que vous faîtes ou vous apprenez, ils sont ce que vous êtes.

Voici un passage du Hagakure qui illustre très bien ce précepte: "C'est pourquoi un samouraï doit connaître ses faiblesses et passer sa vie à les corriger sans jamais avoir le sentiment d'en faire suffisamment. Il ne doit naturellement jamais être trop confiant mais il ne doit pas non plus se sentir inférieur". Yagyu, le maître de la Voie du Sabre, auprès du Shogun Tokugawa disait: "Je ne sais pas comment surpasser les autres. Tout ce que je sais, c'est comment me surpasser". Il se disait: "Je suis aujourd'hui meilleur qu'hier, demain je serai encore supérieur". Un vrai samouraï consacre tout son temps au perfectionnement de lui-même. C'est pourquoi, l'entraînement est un processus sans fin.

Arai yuru mono wo karate ka seyo soki ni myo mi ari

Règle 10. Le karate est dans tout ce que vous faites, là est sa beauté intrinsèque.

Un coup, de poing ou de pied, asséné ou encaissé, peut signifier vie ou mort. Telle est la doctrine au coeur du karate-do. Si chaque domaine de la vie est abordé avec un tel sérieux, épreuves et difficultés peuvent être dépassés. Si un pratiquant affronte chaque difficulté en ayant le sentiment que sa vie entière est en jeu, il réalisera l'ampleur de ses propres capacités.

Relie ta vie de tous les jours au karate et tu découvriras la lumière de l'esprit. Considérez la vie de tous les jours comme faisant partie intégrante de votre entraînement de karate. Une tâche difficile, un examen éprouvant, une épreuve de la vie sont tous des occasions d'apprendre et grandir. Ce principe rejoint la règle 8: Ne croit pas que le karate n'est qu'au Dojo.

Karate wa yu no goto shi taezu netsudo wo atae zareba moto no mizu ni kaeru

Règle 11. Le karate est comme l'eau chaude, si vous ne lui apportez pas de la chaleur constante, elle refroidira.

C'est la base de l'apprentissagei​ Continuez ou arrêtez. Seule une pratique régulière et assidue récompensera votre corps et votre esprit des fruits de la Voie.

L'apprentissage par la pratique revient à pousser une charrette vers le sommet d'une colline. Cessez de pousser et tous vos efforts auront été vains (proverbe japonais).

Katsu kangae wa motsu na makenu kangae wa hitsuyo

Règle 12. Ne pensez pas que vous devez gagner, mais plutôt que vous ne devez pas perdre.

C'est une citation qui porte à réfléchir. La plupart des textes d'arts martiaux disent que vous devriez avoir l'esprit vide de pensées. Mais ce point du Niju Kun n'indique pas cela. Il indique clairement que vous devriez penser, et que vous devriez penser à ne pas perdre. Plutôt que d'imaginer que vous gagnez votre combat, et amenant alors de l'anxiété et la préoccupation du succès, pensez seulement à ne pas perdre, et évitez l'appréhension, la crainte de la perte, et l'anticipation du succès.

Un des Shoguns Tokugawa a dit: "Savoir uniquement comment décrocher la victoire sans savoir comment perdre revient à se mettre soi-même en situation de défaite. L'attitude mentale obsédée par la victoire nourrit nécessairement un optimiste excessif qui, à son tour, nourrit impatience et irritabilité. La meilleure attitude consiste à se résoudre fermement à ne pas perdre, quel que soit l'adversaire, en prenant conscience de nos propres forces et en faisant preuve de conviction inébranlable, le tout en adoptant une attitude conciliante dans la mesure du possible.

Teki ni yotte tenka seyo

Règle 13. Transformez-vous selon votre adversaire.

Tsuki No Kokuro. L'esprit comme la lune. Ceci se rapporte à la nécessité de se rendre constamment compte de la totalité de l'adversaire et de ses mouvements. Ceci signifie qu'on devrait observer l'adversaire globalement. Avec le développement complet de cette attitude, la conscience se rendra immédiatement compte de toutes les ouvertures dans les défenses de l'adversaire. Face à l'adversaire, adapte sans cesse ta défense.

Des nuages bloquant la lumière de la lune sont comparés à l'énervement ou aux distractions. Ces distractions arrêtent la lumière de briller sur tout. De même, elles rendent la compréhension et la réaction aux mouvements de l'adversaire plus difficiles qu'elles doivent être.

Tattakai wa kyo-jitsu no soju ikan ni ari

Règle 14. Le secret du combat réside dans l'art de le diriger.

Les préceptes treize et quatorze évoquent l'attitude mentale à suivre en combat. Un combattant doit pouvoir et savoir s'adapter à son adversaire, il évite les points forts de l'ennemi pour le frapper là où il est vulnérable. Il doit éviter toute action stéréotypée. Azato disait: "Il ne faut pas se laisser intimider, mais garder la tête froide pour chercher l'inévitable faille de la garde. La victoire est alors à votre portée". Votre adversaire ne devrait pas vous faire changer. Vous devriez apprendre à commander et manoeuvrer votre adversaire. Incitez le à faire ce que vous voulez. Le combat se décide d'après les capacités à distinguer kyo (sans protection, l'ouverture) de jitsu (protégé). Il ne faut pas utiliser n'importe quelle technique, mais savoir analyser la situation et la gérer intelligemment.

Hito no te ashi wo ken to omoe

Règle 15. Pensez aux bras et aux jambes des gens comme des épées.

Nos bras et nos jambes sont comme des épées… Ceux de l'adversaire aussi! Funakoshi demande de considérer le karate comme un art martial à part entière qui doit être pratiqué avec le plus grand sérieux. Cela implique de dépasser les simples notions d'application et de sincérité dans l'entraînement. Pour chaque déplacement, chaque mouvement de main, vous devez imaginer que vous affrontez un ennemi armé d'un sabre à la lame tranchante. Funakoshi raconte que son professeur Yasutsune Azato a déjà affronté à main nue Kanna Yasumori, un maître de sabre d'Okinawa et a gagné l'affrontement. Son conseil était: "Pensez aux mains et aux pieds d'un homme qui, adepte du karate, s'est entraîné, en les considérant comme de véritables sabres. Dans l'ancien Okinawa-te, le corps était utilisé comme une arme. Hito no te ashi wo ken to omoe réfère au principe même du coup frappé, l'atemi. cette méthode de combat utilisait le principe du coup porté avec force, vitesse et précision sur des points particulièrement vulnérables de l'adversaire (points vitaux). Selon le but recherché, l'atemi provoque la douleur, la paralysie, le bris d'os ou d'articulation, l'évanouissement, soit la mise hors de combat momentanée ou définitive.

Danshi mon wo izureba hyakuman no tekki ari

Règle 16. Passé votre foyer, un million d'ennemis attendent.

Lorsque tu quittes là où tu es chez toi, tu te fais de nombreux ennemis, un tel comportement provoque de l'irritation. Les risques de troubles sont plus importants hors de chez soi, il faut donc redoubler de vigilance. Funakoshi est né sur l'île d'Okinawa, à plusieurs reprises, au cours de leur histoire, les Okinawaiens se trouvèrent confrontés à l'invasion de forces étrangères. L' esprit de vigilance et de résistance devint un seconde nature, d'une population perpétuellement menacée parce qu'elle se trouvait au centre des routes commerciales des Mers de Chine. Chinois, Japonais, Malais, Phillipins et des pirates soumirent l'île pendant des siècles à des attaques et des occupations permanentes. Un tel destin forge la mentalité d'un peuple, et ce sur plusieurs générations. Il est rapporté que Funakoshi n'abordait un coin de rue qu'en le contournant largement afin de ne jamais pouvoir être surpris, et qu'il apprenait à ses élèves comment tenir ses baguettes en mangeant ou son bol de riz pour pouvoir faire face instantanément à tout danger.

De son côté, l'histoire du Japon est aussi marquée par d'incessantes guerres locales et luttes que se livrèrent les princes, Shogun et Daimyo, par l'intermédiaire de leurs samouraï et de leurs troupes personnelles. Dans le passé, le Japon a connu des tentatives d'invasion, dont deux par les Mongols. Funakoshi a aussi connu la Guerre du Pacifique dont le bilan, pour les Japonais, est de 2 060 000 morts (3% de la population), dont 186 000 civils japonais qui ont été tué par les forces alliées dirigées par le Général américain Mac Arthur. C'est à cette époque qu'à été détruit par les bombardements des B-29 américains, le premier dojo Shotokan.

Kamae wa shoshinsha ni ato wa shizentai

Règle 17. Position formelle pour les débutants, position naturelle pour les avancés.

Un débutant doit apprendre et maîtriser toutes les positions, pour obtenir une position naturelle bien plus tard. Un avancé sera capable instinctivement de se tenir naturellement, de façon détendue. Vous ne devez pas raidir votre corps, vous devez toujours vous détendre pour être prêt à une quelconque attaque d'une quelconque direction. Quand le vent souffle, le chêne rigide résiste et casse, la brindille flexible se courbe et survit.

Kata wa tadashiku jissen wa betsu mono

Règle 18. La pratique (kata) doit être faite correctement (parfaitement), car le combat est autre chose.

Le caractère utilisé ici pour le kata ne signifie pas nécessairement un kata comme Heian Shodan et semblables. Il est habituellement employé pour décrire une forme littérale. On parle ici de la pratique des techniques de base.

Les kata et les exercices de base sont la moelle de l'entraînement du karate-do.

"Respectez la forme des kata, ne cherchez pas à en travailler l'esthétique. En combat réel, il ne faut pas s'embarrasser ou se laisser entraver par les rituels propres aux kata, le pratiquant doit dépasser le cadre imposé par ces formes et se déplacer librement en fonction des forces et faiblesses de l'adversaire".

Anko Itosu

Chikara no kyojaku, ka rada no shinshiku waza no kankyu wa wasuruna

Règle 19. N'oubliez pas le contrôle de la dynamique de la puissance, de la flexibilité du corps et de la vitesse relative des techniques.

En Japonais, il y a des termes précis pour les mots contradictoires. L'idée d'expansion et de contraction du corps semble difficile à comprendre, shinshuku se réfère également à la flexibilité de base, qui semble beaucoup plus raisonnable. Un muscle peut s'étirer à sa longueur maximale pour ensuite se contracter, il y a une grande corrélation entre la flexibilité d'un muscle et sa vitesse. "Soyez flexibles, soyez forts, soyez rapides et employez chacune de ces qualités convenablement pour un résultat maximum". Lors de l'exécution d'un kata, toutes les techniques ne doivent pas être faites à la même vitesse, la même force, le même rythme d'un bout à l'autre. Avec Bassai dai, par exemple, on apprend le calme et l'agilité, la puissance et les changements, les techniques lentes et rapides, la dynamique de la puissance, comment tirer parti d'une situation embarrassante et changer de blocage.

Tsune ni shinen kufu seyo

Règle 20. Perfectionnez-vous sans arrêt.

Il faut vivre ses règles quotidiennement. L'objectif final de la pratique du karate ne touche pas à la seule maîtrise technique, mais vise l'unité du corps et de l'esprit en toute occasion. Cet état d'esprit puise sa légitimité à la source de cet art martial: le combat. Pour espérer vaincre, il faut opposer à l'adversaire ses habiletés et aussi l'ensemble de ses ressources mentales: la concentration, la volonté, le calme, l'esprit de décision. L'un sans l'autre ne peut conduire à l'efficacité absolue. La recherche de la perfection et de l'harmonie dépasse le seul stade de l'art du combat pour devenir un moyen d'épanouissement intérieur. Le but n'est plus de vaincre un quelconque adversaire. Il est de se dominer soi-même entièrement, physiquement et mentalement. Le karate-do devient un des moyens possibles pour atteindre cet objectif. Savoir faire et savoir être en toutes circonstances. Puis juste au moment où nous croyons avoir réussi, nous découvrirons que nous devons apprendre davantage. Nous continuons sans cesse d'apprendre et de grandir tout au long de notre vie…

"L'homme de progrès travaille toujours pour se perfectionner. C'est une vertu. La plus haute est d'initier les autres".

Gichin Funakoshi